Déversements pétroliers en Amazonie : Pluspetrol refuse de payer les dégâts

Faire annuler une amende de 8 millions d’euros pour les dégâts environnementaux causés par ses activités, c’est ce qu’a tenté la multinationale argentine Pluspetrol. Demande déboutée en première instance début juin, l’entreprise annonce sans surprise qu’elle fera appel. Cela fait près de vingt ans qu’elle extrait le pétrole du bloc 8, situé en plein cœur de la Réserve Nationale Pacaya Samiria, joyau de l’Amazonie péruvienne et reconnue internationalement comme site RAMSAR. De nombreuses communautés autochtones de l’ethnie Kukama Kukamiria y vivent.   

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Une racine de totora imprégnée de pétrole suite à un déversement dans le bloc 8X. Photo : Acodecospat (source)

L’entreprise Pluspetrol Norte S.A (Pluspetrol), filiale péruvienne, extrait le pétrole de la Réserve Nationale Pacaya Samiria depuis 1996 grâce à une concession sur le bloc 8. Octroyée par le gouvernement pour une durée de trente ans, ses opérations se poursuivront jusqu’en 2024. Les toutes premières opérations d’extraction d’hydrocarbures ont cependant commencé il y a quarante ans, en 1971, avec l’entreprise américaine Occidental Petroleum.

Aujourd’hui, Pluspetrol agit en justice pour tenter de faire annuler une amende de 8 millions d’euros imposée en 2013 par l’OEFA, l’autorité environnementale péruvienne. Selon le contrat “PAC” passé entre l’entreprise et l’Etat péruvien en 2006, Pluspetrol s’était engagée à procéder à la restauration environnementale des sols et sources d’eau pollués sur vingt-sept sites, d’ici mai 2009. Les autorités ayant constaté, après supervision in situ, que lesdits engagements n’avaient pas été tenus, ont alors condamné l’entreprise à une lourde amende. L’entreprise considère que ces mesures de restauration approuvées en 2006 n’ont plus lieu d’être aujourd’hui : les techniques proposées à l’époque poseraient de sérieux risques pour l’environnement et ne feraient qu’empirer la situation. Pluspetrol estime donc que de nouvelles mesures de restauration doivent être adoptées. Pour cette raison, l’amende de 8 millions d’euros n’aurait pas lieu d’être non plus.

Les communautés autochtones portent plainte contre Pluspetrol

Mobilisation sociale des communautés autochtones kukamas de la région Loretoen 2014. Photo: Puinamudt (Source)
Mobilisation sociale des communautés autochtones kukamas de la région Loreto en 2014. Photo : Puinamudt (source)

L’activité pétrolière a causé des dommages graves et irréversibles à l’environnement dans cette zone. En décembre 2012, suite à une plainte déposée par l’organisation autochtone ACODECOSPAT pour contamination environnementale, le procureur de l’époque, accompagné par des représentants de différentes institutions environnementales péruviennes, visite pour la première fois le bloc 8x. Cette mission avait pour but de constater si les faits étaient avérés. Pour cela, des échantillons de sols, sédiments et eau ont été prélevés afin de vérifier la présence ou non de traces de contamination par hydrocarbures. ACODECOSPAT, organisation défendant les droits et les intérêts des communautés autochtones de la Réserve Nationale Pacaya Samiria, avait effectivement dénoncé Pluspetrol devant les juridictions pénales suite aux nombreux déversements pétroliers et autres mauvaises pratiques de l’entreprise.

Déversement de pétrole dans le blog 8 en juillet 2013. Photo: Puinamudt (source)
Déversement de pétrole dans le bloc 8 en juillet 2013. Photo : Puinamudt (source)

L’état d’urgence environnementale déclaré en 2014

Début 2014, une évaluation environnementale intégrale avait été ordonnée et réalisée par le gouvernement péruvien et avait permis de relever que les standards environnementaux minimums n’avaient pas été respectés par l’entreprise. Des quantités importantes de substances nocives dérivées du pétrole (TPH, huile, graisse) ou encore des métaux lourds dangereux (arsenic, plomb, mercure, etc.) ont été détectées.

En mai 2014, la zone de la Réserve où se trouvent une partie des installations pétrolières est déclarée en état d’urgence environnementale. C’est également le lieu de vie de dix-sept communautés autochtones.

“Il a été constaté que la zone évaluée présente des risques significatifs pour la vie et la santé de la population et de l’environnement, ce qui constitue un dommage environnemental important”, indique le Ministère de l’Environnement péruvien (source).

Aujourd’hui, le pouvoir judiciaire a estimé que l’entreprise, faute d’avoir respecté ses obligations dans les délais prévus, était de toute façon dans son tort et devait donc s’acquitter de l’amende de 8 millions d’euros. Pluspetrol s’y refuse et annonce qu’elle a déjà fait appel contre la décision du pouvoir judiciaire.

 Témoignage d’Alfonso López Tejada, président de l’organisation autochtone ACODECOSPAT (Vidéo : Alianza Arkana)


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Vidéo/Interview: projets miniers et territoire, rencontre avec Ydelso Hernández

Le 21 mai dernier, le Collectif des Péruviens en France organisait à Paris un rassemblement en soutien aux manifestants de la Vallée de Tambo, au Pérou. Ceux-ci s’opposent depuis deux mois à la réalisation du projet minier Tía María près de leur terres. Ydelso Hernández Llamo, leader “campesino” de Cajamarca, explique l’importance du territoire pour les rondes paysannes et les dangers, sociaux et environnementaux, de ces mégaprojets miniers.

“Tía María”, c’est le nom d’un mégaprojet minier d’extraction de cuivre dans la province d’Islay, région d’Arequipa, au sud du Pérou. Ce mégaprojet mené par l’entreprise Southern Copper suscite, depuis son annonce en 2009, le rejet catégorique de la population. En 2011, de violents affrontements entre les forces de l’ordre et les habitants de la Vallée de Tambo, coeur de la protestation, avaient coûté la vie de trois personnes. Aujourd’hui, même lieu, mêmes motifs, les manifestations se poursuivent dans la violence. Bilan, trois civils et un policier ont perdu la vie.

Rassemblement à Paris en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo
Rassemblement à Paris, le 21 mai, en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo. Photo: Camille Cordasco

Ce conflit qui secoue actuellement le Pérou n’est pas sans précédent. Ydelso Hernández Llamo, président de la Central Única Nacional de Rondas Campesinas del Perú (CUNARC), est originaire de Cajamarca, une ville des hauts plateaux du Nord du Pérou. Depuis 2011, Cajamarca est le terrain de vives protestations contre le mégaprojet minier Conga qui impliquerait, notamment, la disparition de plusieurs lacs de haute montagne. Un conflit ayant causé la mort de cinq personnes et mené à la suspension du projet.

Dans cette interview, Ydelso Hernández Llamo explique que la protection de leur territoire est fondamentale pour les rondes paysannes car il en va non seulement de l’environnement mais surtout de leur vie et de leur identité culturelle.

“Défendre notre territoire, c’est défendre la vie, la terre, l’eau, notre identité culturelle et nos droits coutumiers”

Les rondes paysannes (“rondas campesinas“) ont été créées dans les années 1970 par les communautés paysannes elles-mêmes. La première naît d’ailleurs à Cajamarca. Il s’agit d’une forme d’organisation sociale et communale propre dont l’objectif est d’assurer, entre autres, la sécurité, la défense des terres, des droits et de l’identité culturelle de la communauté.

A Paris, plusieurs personnes se sont rassemblées au Trocadéro pour montrer leur solidarité avec les habitants de la Vallée de Tambo et de Cajamarca qui résistent aux projet Tía María et Conga. De la même manière, pour protester contre la criminalisation de la contestation de la part de l’Etat péruvien. Avec le soutien d’associations comme Idle No More Paris.

Rassemblement à Paris en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo
Rassemblement à Paris, le 21 mai, en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo. Photo: Cordasco

Quelques clés

  • campesino = paysan
  • criollo = à l’époque de la colonisation, terme faisant référence aux descendants des colons espagnols
  • latifundio = grande exploitation agricole issue de la colonisation.