Pérou: un fonds d’urgence pour réparer les dégâts du pétrole en Amazonie

L’Etat péruvien s’engage pour la première fois à assurer financièrement la réhabilitation environnementale des terres et territoires ayant été dégradés par des années d’exploitation et d’extraction pétrolières en Amazonie. 

Début avril, le Congrès péruvien a voté la création d’un fonds d’urgence pour réparer les dommages environnementaux causés par des activités pétrolières. Les dommages qui impliquent “un risque pour la santé et l’environnement” tombent sous le coup de ce fonds. C’est le cas des terres indigènes auxquels se superposent les blocs pétroliers 192 (ex 1-AB) et 8 situés dans le département de Loreto, en pleine Amazonie. Dans cette région, de nombreuses communautés indigènes de différentes ethnies vivent sur les bords des fleuves Corrientes, Tigre, Pastaza et Marañón. Quatre fédérations indigènes, une pour chaque bassin, se battent depuis plusieurs années pour défendre la vie et les droits des populations autochtones riveraines. En effet, les dégâts causés par l’exploitation pétrolière sont environnementaux mais avant tout humains. Ils ont un impact négatif sur la faune et la flore et privent de ce fait ces peuples de leurs moyens de subsistance.

Ana Jara, ex-premier ministre entourée des présidents des quatre fédérations indigènes. Photo: PCM Perú

Ce fonds d’urgence s’ouvre sur un capital initial de 50 millions de soles (environ 14 millions d’euros). Il permettra de financer des actions de réhabilitation des terres dégradées voire contaminées par les activités d’extraction des hydrocarbures, passées et actuelles. Cet apport financier sera assuré par l’Etat, plus précisément par le Ministère des Energies et Mines et le Ministère de l’Environnement. Il sera spécifiquement destiné à la réparation des terres des bassins des fleuves Corrientes, Pastaza, Tigre et Marañón.

Ce vote inédit fait suite à la décision du pouvoir exécutif d’accueillir favorablement les exigences des quatre fédérations indigènes. Un accord qualifié d’historique par les médias et les autorités a été signé le 10 mars dernier entre celles-ci et le gouvernement. Leurs demandes font enfin écho dans la sphère politique, après trois ans de lutte. Le gouvernement s’est ainsi engagé à agir sur les points suivants: octroi de titres de propriété sur les territoires traditionnels indigènes, santé, réhabilitation environnementale, compensation économique et indemnisation pour les dommages subis. Ces deux derniers points font toujours l’objet de discussions.

“Cet accord est très important, mais nous savons aussi que tant qu’il ne sera pas effectivement mis en oeuvre, nous ne serons pas tranquilles”, a déclaré Alfonso López Tejada, Président de la fédération indigène ACODECOSPAT – Reserve Nationale Pacaya Samiria (Source: Puinamudt)

Les blocs pétroliers 192 et 8 sont exploités par l’entreprise pétrolière Pluspetrol Norte S.A (Pluspetrol) respectivement depuis 2001 et 1996. Avant cela, ces gisements d’hydrocarbures étaient aux mains de la société américaine Occidental Petroleum depuis 1971. L’extraction du pétrole a donc commencé il y a plus de quarante ans. Le bloc 8 se situe en plein cœur de la Réserve Nationale Pacaya Samiria, considérée par les péruviens comme un joyaux de la nature. Une superposition contradictoire. La concession a été établie avant la Réserve. Quant au bloc 192, il constitue l’un des gisements les plus importants de l’Amazonie péruvienne, un enjeu économique national.

Lagune recouverte de pétrole suite à un déversement (communauté indigène de San Pedro) Photo ©Puinamudt
Lagune recouverte de pétrole suite à un déversement (communauté indigène de San Pedro). Photo: Puinamudt

Des études officielles menées entre 2012 et 2013 par les autorités péruviennes ont démontré que les eaux, les sols et les sédiments des zones pétrolières et adjacentes était hautement contaminés. On y a trouvé du plomb, de l’arsenic, du cadmium et autres substances extrêmement nocives en des quantités excessives, voire mortelles. Des substances cancérigènes directement liées aux activités pétrolières comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Cette contamination affecte gravement la faune, la flore mais également la santé et la vie des communautés. Or dans cette partie de l’Amazonie péruvienne, les déversements pétroliers sont fréquents. Depuis 2013, toutes ces zones ont été déclarées en état d’urgence environnementale par l’Etat.

“Depuis longtemps nous exigeons que la contamination sur nos terres soit vérifiée. En 2012, l’Etat à prouvé grâce à des études scientifiques que nos sources en eau, fleuves, lacs, nos poissons, nos terres cultivables et toute notre forêt sont contaminés. Cela signifie que nos aliments quotidiens et nos remèdes médicinaux sont empoisonnés par le pétrole (…). Les dégâts causés par le pétrole ont été prouvés et ont poussé l’Etat à déclaré nos territoires en état d’urgence environnementale il y a plus d’un an”, extrait d’un manifeste souscrit par les quatre fédérations indigènes en juin 2014

Aujourd’hui, à seulement trois mois du terme de la concession pétrolière de Pluspetrol pour le bloc 192, les activités de réhabilitation environnementale devraient commencer. Avant de cesser définitivement ses activités et quitter les lieux, l’entreprise doit élaborer un plan de sortie et identifier de manière exhaustive tous les sites devant être réhabilités. En octobre 2014, un rapport officiel du ministère de l’Environnement identifiait 92 sites présentant des traces de contaminations par le pétrole ou ses dérivés. Ces 92 sites n’avaient pas été identifiés par Pluspetrol alors qu’elle en a pourtant l’obligation en vertu de la loi. Celle-ci a même tenté, en vain, de faire annuler ce rapport par voie judiciaire.

Pour que les fonds soient aujourd’hui effectivement versés, le gouvernement doit à son tour promulguer la loi adoptée par le Congrès.

Pour aller plus loin

“PASTAZA” est un film réalisé par Alianza Arkana sur la lutte du peuple indigène Quechua du fleuve Pastaza (Source: http://pastazafilm.com)

Sources

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