Marées noires au cœur de l’Amazonie péruvienne

En l’espace de dix jours, ce sont deux déversements pétroliers de grande ampleur qui ont eu lieu en plein cœur de la forêt amazonienne, au Pérou. Après le Brésil, le Pérou est le pays d’Amérique latine dont la surface forestière est la plus importante. Une catastrophe environnementale et sanitaire qui n’est cependant pas sans précédent pour ce pays mégadivers. Imputables à l’entreprise pétrolière publique Petroperú, les fuites ont été causées par deux ruptures consécutives d’un important oléoduc de plus de 1 000 km de long. Cette infrastructure vieille d’une quarantaine d’années, dont l’exploitation et l’entretien reviennent à Petroperú, permet d’acheminer l’or noir extrait de la forêt tropicale amazonienne vers les côtes arides péruviennes, dans la région de Piura.

Photo: Alessandro Currarino - El Comercio (source)
Photo : Alessandro Currarino / El Comercio (source)

Urgence environnementale : des rivières et des fleuves en péril

Les deux déversements survenus les 25 janvier et 3 février derniers, respectivement dans les régions d’Amazonas et de Loreto, équivalent à 3 000 barils de pétrole brut. Concrètement, ce sont environ 450 000 litres d’hydrocarbures qui se sont écoulés directement dans plusieurs cours d’eau de l’Amazonie péruvienne. Les rivières Chiriaco (Amazonas) et Morona (Loreto) ont été particulièrement affectées. En outre, le pétrole est passé de la rivière Chiriaco à la rivière Marañón, affluent essentiel du fleuve Amazone, du fait de fortes pluies ayant accéléré l’avancée des hydrocarbures courant février.

Photo: Alessandro Currarino - El Comercio (source)
Réservoir de confinement | Photo : Alessandro Currarino / El Comercio (source)

Quelques jours après la marée noire de janvier, Petroperú déclarait qu’aucun cours d’eau n’avait été touché et que toutes les mesures nécessaires avaient été prises pour confiner intégralement le pétrole dans des réservoirs. En raison des fortes pluies survenues par la suite, les barrières de protection de ces réservoirs se sont effondrées et les dégâts se sont alors rapidement étendus.

“Petroperú s’intéresse plus à récupérer le pétrole déversé qu’à nettoyer les zones touchées et à fournir une assistance aux communautés dont la principale source d’eau potable est aujourd’hui polluée”, a déclaré Edwin Montenegro, Président de l’organisation autochtone ORPIAN-P (source : RRP Noticias).


Vidéo tournée le 10 février 2016 à la confluence des rivières Chiriaco et Marañón, montrant l’étendue de la fuite de pétrole survenue le 25 janvier précédent (source : El Planfleto Perú)

Lors d’une conférence de presse tenue à Lima le 19 février dernier, l’organisation nationale de défense des droits des populations autochtones amazoniennes, AIDESEP, a exigé l’interruption complète des activités de transport des hydrocarbures tant que l’oléoduc n’aura pas été remis aux normes. L’organisation a également appelé la société civile à se mobiliser pour réclamer de l’Etat la mise en oeuvre immédiate de mesures face à l’urgence de la situation.

Journée de mobilisation, le 19 février, face au siège de Petroperú à Lima pour réclamer que l'entreprise reconnaisse pleinement sa responsabilité | Photo : LaMula.pe (source)
Journée de mobilisation le 19 février, face au siège de Petroperú à Lima avec la participation de différents collectifs de la société civile et représentants autochtones | Photo : LaMula.pe (source)

Urgence sanitaire et alimentaire pour des dizaines de communautés autochtones riveraines

De nombreuses communautés autochtones souffrent actuellement des graves conséquences environnementales et sanitaires causées par ces deux marées noires. Les terres et les rivières ont été sévèrement polluées. Les poissons sont imprégnés de pétrole brut. De nombreuses surfaces agricoles (chacras) sont aujourd’hui inexploitables, du fait de la montée des eaux polluées causée par les pluies torrentielles. Dépendant de la pêche quotidienne et de l’exploitation des terres, ces populations se voient alors privées, du jour au lendemain, de leurs moyens de subsistance les plus vitaux. Le Défenseur des Droits au Pérou, Eduardo Vega Luna, a déclaré mi-février qu’il était urgent d’approvisionner la population en eau potable et denrées alimentaires, exigeant l’action immédiate des autorités compétentes.

En 2013, les territoires traditionnels de plusieurs communautés autochtones des ethnies Achuar, Quechua, Urarina et Kukama Kukamiria, situées sur les bords des rivières Corrientes, Pastaza, Tigre et Marañón avaient été déclarés en état d'urgence environnementale. En quarante ans d'exploitation pétrolière, des marées noires à répétition avaient entraîné la pollution et la contamination, parfois irréversibles, de ces rivières et de leurs affluents, de la faune et de la flore, ainsi que des conséquences gravissimes pour la vie et la santé de la population locale (pour en savoir plus).

Lundi dernier, le ministre de la Santé, Aníbal Velásquez Valdivia, déclarait l’état d’urgence sanitaire pour une durée de 90 jours dans les zones touchées. L’eau des rivières Chiriaco et Morona, source première d’eau potable pour les populations locales, présente désormais un risque élevé pour la vie et la santé des habitants. L’état d’urgence permet la mise en place d’alternatives comme l’installation de réservoirs d’eau potable ou encore la distribution de filtres de purification de l’eau.

Photo : Alessandro Currarino - El Comercio (source)
Photo : Alessandro Currarino / El Comercio (source)

En l’échange de sommes dérisoires, l’entreprise aurait sollicité les communautés autochtones locales pour effectuer des opérations de récupération du pétrole. Sans plus d’information. C’est ainsi qu’à l’aide de seaux et sans aucun équipement de protection, des enfants auraient participé aux activités de nettoyage des rivières polluées proches de leurs communautés.

“Je ramassais le pétrole avec mes mains dans un petit seau. J’y suis resté toute la nuit, puis je suis rentré à la maison. Avec un seau rempli. Pour ça ils m’ont payé 3 soles (0,50€)”, raconte un enfant de la communauté native de Nazareth (propos recueillis par Rosa Laura, pour Número Zero).

La plupart présentent aujourd’hui de grave symptômes : maux de tête, irruptions cutanées sévères, diarrhées, difficultés respiratoires. Une situation particulièrement alarmante dénoncée par de nombreuses associations de défense des droits de l’Homme au Pérou, y compris l’UNICEF.  

Osman, de la communauté native Nazareth (Photo: Rosa Laura, Número Zero)
Osman, 12 ans, de la communauté native de Nazareth | Photo : Rosa Laura / Número Zero (source)

Petroperú a d’abord nié les faits. Dans le cadre d’un reportage télévisé diffusé récemment par le programme d’investigation PANORAMA, un de ses salariés a reconnu avoir rémunéré des enfants ayant rapporté des seaux rempli de pétrole. Face à l’évidence, l’entreprise a annoncé qu’elle ouvrirait une enquête pour établir les responsabilités. En 2014, lors d’un précédent déversement pétrolier, l’entreprise avait déjà été condamnée pour des faits similaires.

Un oléoduc obsolète laissé à l’abandon

Invoquant que la fuite d’hydrocarbures du 25 janvier dans la région d’Amazonas se devait à un glissement de terrain, le président de Petroperú, German Velásquez, a rapidement été contrecarré par le ministre de l’Environnement, Manuel Pulgar Vidal. Au cours d’une interview accordée publiquement, ce dernier affirma que c’était l’absence d’entretien de l’oléoduc qui causait la majorité de ces fuites, constituant ainsi de la part de l’entreprise publique un énième manquement à ses obligations légales. La cause de la deuxième fuite survenue le 3 février dans la région de Loreto demeure indéterminée à ce jour.

Etat d'érosion sévère de l'oléoduc : les deux points rouges réprésente l'état initial du conduit (source : OEFA)
Etat d’érosion sévère de l’oléoduc : les deux points rouges représentent l’état initial du conduit (source : OEFA)

Aujourd’hui l’OEFA, agence gouvernementale de supervision environnementale, a ordonné à Petroperú de prendre de mesures préventives immédiates pour l’entretien et la réparation des défaillances de l’oléoduc, afin de garantir la situation environnementale et sanitaire. A compter du 16 février, l’entreprise disposait de sept jours pour présenter son planning de travail. Dans sa résolution administrative, l’OEFA précise qu’au cours de ses activités de supervision entre 2011 et 2016, ce ne sont pas moins de vingt fuites de pétrole brut qui ont été constatées sur les installations de la compagnie pétrolière nationale.

“Il est important de souligner que les fuites de l’oléoduc qui se sont produites en janvier et février derniers ne sont pas des cas isolés. Antérieurement, il a fallu faire face à des situations d’urgence similaires causées par les défaillances dudit oléoduc”, déclare l’OEFA dans sa résolution (source : OEFA)

L’OSINERGMIN, organisme clé pour la supervision des infrastructures d’exploitation minière et pétrolière, vient d’imposer à Petroperú une amende de près de 3 000 000 d’euros, précisément pour avoir manqué à son obligation légale d’entretenir l’oléoduc et d’assurer son bon fonctionnement.

Refusant initialement de reconnaître sa responsabilité, Petroperú tente aujourd’hui de limiter les dégâts en annonçant le licenciement de quatre fonctionnaires qui auraient failli à prévenir la catastrophe. En outre, Petroperú n’est pas la seule entreprise pétrolière à utiliser l’oléoduc pour transporter des hydrocarbures.

“Il faut préciser qu’il y a responsabilité solidaire entre Petroperú et d’autres entreprises pétrolières comme Pluspetrol, Perenco ou encore Pacific Energy qui ont utilisé l’oléoduc pour transporter leur pétrole”, précise Juan Aste Daffós, économiste et conseiller parlementaire péruvien.

Une politique d’impunité généralisée

Malgré ces mesures, l’ensemble de la législation péruvienne demeure largement permissive et de nombreuses entreprises passent entre les mailles du filets. Petroperú n’en est effectivement pas à son premier coup d’essai. En juin 2014, une marée noire équivalent à plus de 2 600 barils de pétrole brut avait eu lieu dans la localité de Cuninico, région de Loreto, à deux pas de la Réserve Nationale Pacaya Samiria. Aucune sanction n’avait alors été imposée, seulement des mesures préventives et correctives.

Cette absence de mesures répressives s’explique notamment par l’adoption en 2014 d’une loi visant à favoriser les investissements privés au Pérou, au détriment des standards environnementaux minimums. La loi n° 30230, plus communément appelée “paquetazo ambiental” par les organisations de défense de l’environnement, dispose que l’OEFA n’imposera plus de sanction financière aux entreprises ayant commis une infraction environnementale pour une période de trois ans. Elle se contentera de dicter des mesures préventives et correctives. C’est seulement lorsque l’atteinte à la vie et à la santé serait jugée “réelle” et “très grave” qu’une sanction pourra être appliquée. Le montant de l’amende ne pourra néanmoins pas dépasser 50% du montant établi par la législation en vigueur [1].

Selon une enquête journalistique menée en octobre 2015, l’Etat péruvien aurait perdu environ 6 000 000 d’euros en amendes pour infractions environnementales, depuis l’entrée en vigueur de la loi n° 30230.

Concernant la marée noire de Cuninico, l’OEFA avait considéré que les atteintes causées à la faune et à la flore étaient “réelles”, mais que celles causées à la vie et à la santé n’étaient que “potentielles”. Aucune sanction donc, mais des mesures préventives et correctives pour réparer les dommages, telles que l’obligation de mettre en oeuvre un planning de restauration environnementale ou encore informer la population des conséquences de la marée noire. En outre, contrairement au cas présent de Chiriaco et Morona, l’état d’urgence sanitaire qui permet la prise en charge immédiate des populations locales touchées, n’avait pas été déclaré à Cuninico.

Une femme lave son linge dans la rivière Cuninico | Photo : Barbara Fraser (source)
Une femme lave son linge dans la rivière Cuninico, Loreto| Photo : Barbara Fraser (source)

Actuellement, la communauté autochtone kukama kukamiria de Cuninico souffre encore des conséquences du déversement survenu il y a bientôt deux ans et exige que l’Etat fournisse l’aide alimentaire nécessaire, ainsi que des installations pour le traitement de l’eau potable.

“Les gens n’ont pas d’argent pour acheter de l’eau et lorsque nous essayons de boire l’eau des rivières, dans les minutes qui suivent nous faisons des réaction allergiques. De plus, lorsque nous mangeons du poisson, cela nous provoque coliques et infections. On voit beaucoup cela chez les enfants”, déclare le chef de la communauté de Cuninico, Galo Vásquez Silva (propos recueillis par Ideeleradio)

L’histoire pourrait malheureusement se répéter aujourd’hui. Si l’OEFA détermine que les atteintes à vie et la santé des habitants touchés par les marées noires de Chiriaco et Morona sont qualifiées de “réelles” et “très graves”, alors Petroperú encourrait une amende qui pourrait aller jusqu’à 15 000 000 d’euros, selon le ministre de l’Environnement. Le travail d’investigation de l’OEFA pour déterminer si tel est le cas est toujours en cours.

Les organisations de défense des droits des populations autochtones et de l’environnement dénoncent la négligence de l’Etat face à la situation d’extrême urgence et de catastrophe environnementale et sanitaire qui a lieu en ce moment sous leurs yeux. Comble de l’ironie pour certains, cette semaine le Président de la République, François Hollande, remerciait le Pérou pour son engagement en faveur du climat et de l’environnement, dans le cadre d’une visite d’Etat.

“Il est certain qu’un baril de pétrole déversé par une entreprise publique ne contamine pas davantage qu’un baril déversé par une entreprise privée, il y a cependant des raisons valables de porter une attention toute particulière aux désastres environnementaux causés par une institution qui appartient à tous les péruviens” – passage d’un éditorial publié dans le journal El Comercio le 22 février dernier (source : El Comercio)


[1] Voir l’article 19 de Loi N° 30230

Voir également

Vidéos/Reportages

Quelques articles parus dans la presse francophone et internationale

Le 12 octobre, journée de la résistance indigène en Amérique latine

Image: AIDESEP (source)
Image : AIDESEP (source)

Il y a 523 ans, le 12 octobre 1492, les espagnols arrivaient sur le continent américain. Christophe Colomb pensait alors avoir atteint les Indes. Avant la conquête, plus de soixante-dix millions de personnes issues de peuples indigènes originaires habitaient le continent. Après un siècle et demi de période coloniale et de pillages des ressources naturelles de la Pachamama, ces peuples ne comptaient plus que trois millions de personnes, victimes directes des conquistadores. 

Le 12 octobre de chaque année, l’Espagne fête la découverte de l’Amérique et la rencontre des “deux mondes”. Un jour de fête nationale dénommé “Día de la Hispanidad“. En opposition à la colonisation espagnole et au génocide perpétré contre les peuples précolombiens, plusieurs pays d’Amérique latine ont souhaité donné une toute autre teneur à cette journée historique: on célébrerait la lutte et la résistance indigènes face à l’envahisseur.

Au Pérou, il s’agit de la journée mondiale des peuples indigènes et du dialogue interculturel. En Bolivie, au Nicaragua et au Venezuela, c’est la journée de la résistance indigène tandis qu’en Argentine, depuis 2010, il s’agit de la journée du respect de la diversité culturelle. D’autres pays comme la Colombie et l’Equateur ont maintenu la dénomination initiale “Día de la Raza“, journée de la race, instituée en 1913 par Faustino Ródriguez-San Pedro, ex-ministre espagnol.

En 1492
Los nativos descubrieron que eran indios
Descubrieron que vivían en América
Descubrieron que existía el pecado
Descubrieron que debían obediencia a un rey y a una reina de Otro mundo y a un dios de otro cielo y que ese dios había inventado la culpa y el vestido.
Y había mandado que fuera quemado vivo quien adorara al sol y a la luna y a la tierra y a la lluvia que la moja.

Eduardo Galeano 

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Déversements pétroliers en Amazonie : Pluspetrol refuse de payer les dégâts

Faire annuler une amende de 8 millions d’euros pour les dégâts environnementaux causés par ses activités, c’est ce qu’a tenté la multinationale argentine Pluspetrol. Demande déboutée en première instance début juin, l’entreprise annonce sans surprise qu’elle fera appel. Cela fait près de vingt ans qu’elle extrait le pétrole du bloc 8, situé en plein cœur de la Réserve Nationale Pacaya Samiria, joyau de l’Amazonie péruvienne et reconnue internationalement comme site RAMSAR. De nombreuses communautés autochtones de l’ethnie Kukama Kukamiria y vivent.   

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Une racine de totora imprégnée de pétrole suite à un déversement dans le bloc 8X. Photo : Acodecospat (source)

L’entreprise Pluspetrol Norte S.A (Pluspetrol), filiale péruvienne, extrait le pétrole de la Réserve Nationale Pacaya Samiria depuis 1996 grâce à une concession sur le bloc 8. Octroyée par le gouvernement pour une durée de trente ans, ses opérations se poursuivront jusqu’en 2024. Les toutes premières opérations d’extraction d’hydrocarbures ont cependant commencé il y a quarante ans, en 1971, avec l’entreprise américaine Occidental Petroleum.

Aujourd’hui, Pluspetrol agit en justice pour tenter de faire annuler une amende de 8 millions d’euros imposée en 2013 par l’OEFA, l’autorité environnementale péruvienne. Selon le contrat “PAC” passé entre l’entreprise et l’Etat péruvien en 2006, Pluspetrol s’était engagée à procéder à la restauration environnementale des sols et sources d’eau pollués sur vingt-sept sites, d’ici mai 2009. Les autorités ayant constaté, après supervision in situ, que lesdits engagements n’avaient pas été tenus, ont alors condamné l’entreprise à une lourde amende. L’entreprise considère que ces mesures de restauration approuvées en 2006 n’ont plus lieu d’être aujourd’hui : les techniques proposées à l’époque poseraient de sérieux risques pour l’environnement et ne feraient qu’empirer la situation. Pluspetrol estime donc que de nouvelles mesures de restauration doivent être adoptées. Pour cette raison, l’amende de 8 millions d’euros n’aurait pas lieu d’être non plus.

Les communautés autochtones portent plainte contre Pluspetrol

Mobilisation sociale des communautés autochtones kukamas de la région Loretoen 2014. Photo: Puinamudt (Source)
Mobilisation sociale des communautés autochtones kukamas de la région Loreto en 2014. Photo : Puinamudt (source)

L’activité pétrolière a causé des dommages graves et irréversibles à l’environnement dans cette zone. En décembre 2012, suite à une plainte déposée par l’organisation autochtone ACODECOSPAT pour contamination environnementale, le procureur de l’époque, accompagné par des représentants de différentes institutions environnementales péruviennes, visite pour la première fois le bloc 8x. Cette mission avait pour but de constater si les faits étaient avérés. Pour cela, des échantillons de sols, sédiments et eau ont été prélevés afin de vérifier la présence ou non de traces de contamination par hydrocarbures. ACODECOSPAT, organisation défendant les droits et les intérêts des communautés autochtones de la Réserve Nationale Pacaya Samiria, avait effectivement dénoncé Pluspetrol devant les juridictions pénales suite aux nombreux déversements pétroliers et autres mauvaises pratiques de l’entreprise.

Déversement de pétrole dans le blog 8 en juillet 2013. Photo: Puinamudt (source)
Déversement de pétrole dans le bloc 8 en juillet 2013. Photo : Puinamudt (source)

L’état d’urgence environnementale déclaré en 2014

Début 2014, une évaluation environnementale intégrale avait été ordonnée et réalisée par le gouvernement péruvien et avait permis de relever que les standards environnementaux minimums n’avaient pas été respectés par l’entreprise. Des quantités importantes de substances nocives dérivées du pétrole (TPH, huile, graisse) ou encore des métaux lourds dangereux (arsenic, plomb, mercure, etc.) ont été détectées.

En mai 2014, la zone de la Réserve où se trouvent une partie des installations pétrolières est déclarée en état d’urgence environnementale. C’est également le lieu de vie de dix-sept communautés autochtones.

“Il a été constaté que la zone évaluée présente des risques significatifs pour la vie et la santé de la population et de l’environnement, ce qui constitue un dommage environnemental important”, indique le Ministère de l’Environnement péruvien (source).

Aujourd’hui, le pouvoir judiciaire a estimé que l’entreprise, faute d’avoir respecté ses obligations dans les délais prévus, était de toute façon dans son tort et devait donc s’acquitter de l’amende de 8 millions d’euros. Pluspetrol s’y refuse et annonce qu’elle a déjà fait appel contre la décision du pouvoir judiciaire.

 Témoignage d’Alfonso López Tejada, président de l’organisation autochtone ACODECOSPAT (Vidéo : Alianza Arkana)


Voir également :

Vidéo/reportage: Radio Ndjoku, le cri de l’éléphant dans la forêt

 

Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un stage de six mois effectué au sein du service RFI Planète Radio de France Médias Monde, entre février et juillet 2015. Il s’agit de mon deuxième reportage vidéo depuis que j’ai suivi le MOOC “Ecrire et produire une vidéo: les nouveaux formats web et mobile” organisé par Rue89, en avril dernier. Le montage a été effectué avec Sony Vegas Movie Studio 11.

Tía María : le mégaprojet minier qui déchire le Pérou

Tía María”, c’est le nom du mégaprojet minier d’extraction de cuivre qui met la province péruvienne d’Islay à feu et à sang. Depuis son annonce en 2009, la population s’y oppose. Depuis plus de deux mois, de violents affrontements entre les opposants au projet et les forces de l’ordre ont entraîné la mort de quatre personnes. L’état d’urgence a été décrété dans la région par le gouvernement le 23 mai. Suite à la grève régionale des 27 et 28 mai, des manifestations de soutien ont eu lieu dans l’ensemble du pays, afin de défendre les droits environnementaux et humains de la vallée.

     Par Clémentine Bonvarlet et Camille Cordasco d  

Des manifestations ont eu lieu la semaine dernière, notamment dans la capitale Lima, pour soutenir les opposants au projet minier Tía María. Ce mégaprojet d’extraction de cuivre est mené par la filiale péruvienne du géant mexicain Grupo México, la Southern Peru Copper Corporation, dans la province d’Islay, région d’Arequipa, au sud du pays. Les manifestants ont clamé leur soutien aux populations rurales suite à la répression ayant cours depuis plus de deux mois, et qui s’est aggravée depuis que l’état d’urgence a été décrété dans la province le 23 mai dernier.

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Manifestation de soutien à Cusco ©Red Muqui (source de la photo)

Depuis fin mars, la violence est montée d’un cran entre les forces de l’ordre et les habitants de la région. Ils craignent l’impact des activités extractives sur la vallée et la mise en péril de leurs activités agricoles. Au coeur de leur préoccupation, le risque de contamination des sources d’eaux utilisées pour l’agriculture, principale activité de la région. La Vallée de Tambo est une importante région productrice de pommes de terre, mais aussi de riz, d’oignons, de maïs ou d’ail. Elle alimente une grande partie du sud du pays.

Ces manifestations de soutien ont eu lieu en même temps qu’une grève générale lancée dans plusieurs département du sud, les 27 et 28 mai. Suite à l’annonce de cette grève, le gouvernement a autorisé l’intervention de l’armée dans sept départements (Apurímac, Ayacucho, Cajamarca, Cusco, Moquegua, Puno et Tacna). “Pour assurer le maintien de l’ordre et éviter tout acte de violence”, ils resteront sous contrôle militaire jusqu’au 24 juin. Dans presque un tiers du pays, la plupart des commerces et écoles étaient fermés, et les routes bloquées.

Selon un sondage réalisé par le groupe GFK, 68% des Péruviens estiment qu’il est nécessaire d’annuler définitivement ce projet. 59% donnent raison aux habitants et considèrent que le projet entraînera des contaminations de l’environnement, et que les actions proposées par Southern Peru sont insuffisantes.

La répression du mouvement de contestation

Cette vague de soutien survient en réaction à la montée en puissance de la répression suite à la déclaration de l’état d’urgence par le gouvernement pour une durée de soixante jours. Cette décision a fait suite à la mort d’un manifestant lors de nouveaux affrontements avec les forces de l’ordre, le quatrième depuis le début du conflit le 23 mars dernier.

Manifestation contre le projet Tía María
Manifestation contre le projet Tía María ©Perú21 (source de la photo)

En effet, vendredi 22 mai, un homme de 54 ans est mort après avoir reçu une balle dans la poitrine à Cocachacra, centre de la mobilisation des agriculteurs. En réaction, des manifestants se seraient attaqués au poste de police à coups de dynamite. Dans la nuit du vendredi 22 au samedi 23, le premier ministre Pedro Cateriano a alors annoncé la décision de décréter l’état d’urgence et plus de 3000 policiers et 1000 militaires ont été envoyés dans la vallée agricole pour maintenir l’ordre.

Cette décision, conforme aux régimes d’exception prévus par la Constitution péruvienne, entraîne la suspension voire la restriction des droit à l’inviolabilité du domicile, à la liberté de circulation, de réunion et à la sûreté personnelle.

Depuis son élection, le président péruvien Ollanta Humala a déjà recouru à plusieurs reprises à l’état d’urgence pour faire cesser les conflits miniers. L’état d’urgence a été décrété deux fois, en 2011 et 2012, suites aux protestations et aux grèves générales régionales contre le projet minier Conga à Cajamarca, au Nord du Pérou. L’indignation nationale et internationale suite à la mort de cinq civils avait conduit le gouvernement et l’entreprise minière à reculer et à déclarer la suspension du projet Conga. En 2012, l’état d’urgence avait également été déclaré à Espinar, province de Cusco. La population était en conflit avec l’entreprise minière Xstrata Tintaya : deux civils sont décédés de blessures par balles lors de manifestations.

Aujourd’hui, les Nations Unies condamnent la violence du conflit généré par le projet Tía María et plus particulièrement le décès de quatre citoyens péruviens, en plus des nombreux blessés (estimés à 200). Sept décès au total, depuis 2011. Le représentant du bureau régional du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, Amerigo Incalcaterra a exhorté le gouvernement péruvien à mener une “enquête rapide, indépendante et exhaustive pour identifier les responsables”. Ceci entre en contradiction avec la législation péruvienne qui prévoit que tout policier ou militaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, cause la mort ou des blessures avec son arme de service ou tout “autre moyen de défense” ne verra pas sa responsabilité pénale engagée. Une modification du code pénal adoptée en janvier 2014.

Un investissement considérable pour le pays

Southern Peru prévoit d’exploiter à ciel ouvert deux grands sites afin d’obtenir une production  de 120 000 tonnes de cathodes de cuivre par an. L’investissement est évalué à 1,4 milliards de dollars et le début des opérations est prévu pour 2017. La concession doit être accordée pour une durée de 18 ans et doit rapporter au Pérou plus de 600 millions d’euros d’exportations minières supplémentaires, en plus des 3 500 emplois créés. Ces profits économiques expliquent le soutien du gouvernement au projet. Le Pérou est le second producteur de cuivre et cinquième producteur d’or de la planète.

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Carte de la Vallée de Tambo et du projet Tía María ©Convoca/La República (source de l’infographie)

Le 15 mai, la direction de Southern Peru avait pourtant annoncé la suspension du projet pour une période de deux mois, une “pause” afin de tenter de rétablir le dialogue avec la population. Cette décision faisait suite à une déclaration officielle du président Ollanta Humala où il affirmait ne pas pouvoir suspendre le projet de manière unilatérale, de peur des retombées commerciales. Il s’en remit donc directement à Southern Peru, lui laissant le dernier mot dans une affaire qui, pour la société civile, relevait de l’Etat et non d’une entreprise privée :

Je demande à l’entreprise en charge du projet minier Tía María de faire preuve de volonté et de mettre en oeuvre des actions concrètes pour créer les bases d’une entente, nécessaire pour atteindre la paix sociale mais également le développement, bases fondamentales de l’exécution de tout projet”.

Un projet rejeté par la population depuis 2009

Les habitants s’opposent à ce projet depuis sont lancement en 2009. En 2011, le conflit avait déjà causé la mort de trois civils lors de manifestations. Une méfiance généralisée s’installe entre l’Etat et la population.

En 2009, la première étude d’impact environnemental du projet avait été vivement critiquée. La population estimait que les garanties de protection de l’environnement était insuffisantes. A tel point qu’en 2011, elle fut soumise à un organisme indépendant des Nations Unies, l’UNOPS. Ce dernier avait alors signalé 138 observations à l’encontre du document présenté par Southern Peru. Le gouvernement rejeta l’étude d’impact et le projet fut suspendu pendant deux ans. Fin 2013, l’entreprise soumet une nouvelle évaluation qui dit avoir pris en compte la totalité des remarques de l’UNOPS. Le gouvernement l’adopte sans ménagement en août 2014 et le projet est relancé. Depuis, beaucoup réclament que l’EIA soit réévaluée par les Nations Unies mais le gouvernement s’y refuse.

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Manifestation à Arequipa ©Peru21 (source de la photo)

En 2014, 20% du territoire péruvien – soit l’équivalent de la moitié de la France – est donné en concession au Pérou, contre seulement 6% en 2002. 20% des entrées d’impôts viennent des mines, sous forme de royalties ou d’impôt sur les sociétés. Depuis 2000, l’investissement minier a été multiplié par neuf. Pour l’Etat, l’activité minière constitue le moteur économique du pays, garant de la croissance et du développement. “L’Etat péruvien fait tout pour que les grands groupes miniers puissent s’installer sans problème”, affirme Marco Zeisser de l’ONG Cooperacción. En témoignent le nombre de conflits dits socio-environnementaux dans le pays, 139 au mois d’avril 2014 dont près de 70% sont en lien avec l’extraction minière.

Interview de Marco Zeisser, Cooperacción

La société civile péruvienne dénonce un usage disproportionné de la force contre la population et une criminalisation de la contestation. Rocío Silva Santisteban, Coordinatrice nationale des droits de l’homme au Pérou, déclare :

Ce n’est pas une dictature mais une démocratie avec une croissance très forte, et ceux qui ne sont pas d’accord avec ce développement minier sont considérés comme des criminels. D’ailleurs une nouvelle terminologie a été inventée : celle de “terroristes anti-miniers”*

Selon l’ONG Global Witness, entre 2002 et 2014 au moins 57 défenseurs de l’environnement ont été tués au Pérou, la majorité dans des conflits miniers.

*Propos recueillis lors d’un colloque organisé par la sénatrice Laurence Cohen à Paris, le 22 mai 2015, intitulé “¡Conga no va!” : droits environnementaux et humains au Pérou. Quelles perspectives ? quelles solidarités ?”

Cet article est également disponible sur le blog Médiapart de Clémentine Bonvarlet

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Vidéo/Interview: projets miniers et territoire, rencontre avec Ydelso Hernández

Le 21 mai dernier, le Collectif des Péruviens en France organisait à Paris un rassemblement en soutien aux manifestants de la Vallée de Tambo, au Pérou. Ceux-ci s’opposent depuis deux mois à la réalisation du projet minier Tía María près de leur terres. Ydelso Hernández Llamo, leader “campesino” de Cajamarca, explique l’importance du territoire pour les rondes paysannes et les dangers, sociaux et environnementaux, de ces mégaprojets miniers.

“Tía María”, c’est le nom d’un mégaprojet minier d’extraction de cuivre dans la province d’Islay, région d’Arequipa, au sud du Pérou. Ce mégaprojet mené par l’entreprise Southern Copper suscite, depuis son annonce en 2009, le rejet catégorique de la population. En 2011, de violents affrontements entre les forces de l’ordre et les habitants de la Vallée de Tambo, coeur de la protestation, avaient coûté la vie de trois personnes. Aujourd’hui, même lieu, mêmes motifs, les manifestations se poursuivent dans la violence. Bilan, trois civils et un policier ont perdu la vie.

Rassemblement à Paris en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo
Rassemblement à Paris, le 21 mai, en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo. Photo: Camille Cordasco

Ce conflit qui secoue actuellement le Pérou n’est pas sans précédent. Ydelso Hernández Llamo, président de la Central Única Nacional de Rondas Campesinas del Perú (CUNARC), est originaire de Cajamarca, une ville des hauts plateaux du Nord du Pérou. Depuis 2011, Cajamarca est le terrain de vives protestations contre le mégaprojet minier Conga qui impliquerait, notamment, la disparition de plusieurs lacs de haute montagne. Un conflit ayant causé la mort de cinq personnes et mené à la suspension du projet.

Dans cette interview, Ydelso Hernández Llamo explique que la protection de leur territoire est fondamentale pour les rondes paysannes car il en va non seulement de l’environnement mais surtout de leur vie et de leur identité culturelle.

“Défendre notre territoire, c’est défendre la vie, la terre, l’eau, notre identité culturelle et nos droits coutumiers”

Les rondes paysannes (“rondas campesinas“) ont été créées dans les années 1970 par les communautés paysannes elles-mêmes. La première naît d’ailleurs à Cajamarca. Il s’agit d’une forme d’organisation sociale et communale propre dont l’objectif est d’assurer, entre autres, la sécurité, la défense des terres, des droits et de l’identité culturelle de la communauté.

A Paris, plusieurs personnes se sont rassemblées au Trocadéro pour montrer leur solidarité avec les habitants de la Vallée de Tambo et de Cajamarca qui résistent aux projet Tía María et Conga. De la même manière, pour protester contre la criminalisation de la contestation de la part de l’Etat péruvien. Avec le soutien d’associations comme Idle No More Paris.

Rassemblement à Paris en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo
Rassemblement à Paris, le 21 mai, en soutien aux habitants de la Vallée de Tambo. Photo: Cordasco

Quelques clés

  • campesino = paysan
  • criollo = à l’époque de la colonisation, terme faisant référence aux descendants des colons espagnols
  • latifundio = grande exploitation agricole issue de la colonisation.

Pérou: un fonds d’urgence pour réparer les dégâts du pétrole en Amazonie

L’Etat péruvien s’engage pour la première fois à assurer financièrement la réhabilitation environnementale des terres et territoires ayant été dégradés par des années d’exploitation et d’extraction pétrolières en Amazonie. 

Début avril, le Congrès péruvien a voté la création d’un fonds d’urgence pour réparer les dommages environnementaux causés par des activités pétrolières. Les dommages qui impliquent “un risque pour la santé et l’environnement” tombent sous le coup de ce fonds. C’est le cas des terres indigènes auxquels se superposent les blocs pétroliers 192 (ex 1-AB) et 8 situés dans le département de Loreto, en pleine Amazonie. Dans cette région, de nombreuses communautés indigènes de différentes ethnies vivent sur les bords des fleuves Corrientes, Tigre, Pastaza et Marañón. Quatre fédérations indigènes, une pour chaque bassin, se battent depuis plusieurs années pour défendre la vie et les droits des populations autochtones riveraines. En effet, les dégâts causés par l’exploitation pétrolière sont environnementaux mais avant tout humains. Ils ont un impact négatif sur la faune et la flore et privent de ce fait ces peuples de leurs moyens de subsistance.

Ana Jara, ex-premier ministre entourée des présidents des quatre fédérations indigènes. Photo: PCM Perú

Ce fonds d’urgence s’ouvre sur un capital initial de 50 millions de soles (environ 14 millions d’euros). Il permettra de financer des actions de réhabilitation des terres dégradées voire contaminées par les activités d’extraction des hydrocarbures, passées et actuelles. Cet apport financier sera assuré par l’Etat, plus précisément par le Ministère des Energies et Mines et le Ministère de l’Environnement. Il sera spécifiquement destiné à la réparation des terres des bassins des fleuves Corrientes, Pastaza, Tigre et Marañón.

Ce vote inédit fait suite à la décision du pouvoir exécutif d’accueillir favorablement les exigences des quatre fédérations indigènes. Un accord qualifié d’historique par les médias et les autorités a été signé le 10 mars dernier entre celles-ci et le gouvernement. Leurs demandes font enfin écho dans la sphère politique, après trois ans de lutte. Le gouvernement s’est ainsi engagé à agir sur les points suivants: octroi de titres de propriété sur les territoires traditionnels indigènes, santé, réhabilitation environnementale, compensation économique et indemnisation pour les dommages subis. Ces deux derniers points font toujours l’objet de discussions.

“Cet accord est très important, mais nous savons aussi que tant qu’il ne sera pas effectivement mis en oeuvre, nous ne serons pas tranquilles”, a déclaré Alfonso López Tejada, Président de la fédération indigène ACODECOSPAT – Reserve Nationale Pacaya Samiria (Source: Puinamudt)

Les blocs pétroliers 192 et 8 sont exploités par l’entreprise pétrolière Pluspetrol Norte S.A (Pluspetrol) respectivement depuis 2001 et 1996. Avant cela, ces gisements d’hydrocarbures étaient aux mains de la société américaine Occidental Petroleum depuis 1971. L’extraction du pétrole a donc commencé il y a plus de quarante ans. Le bloc 8 se situe en plein cœur de la Réserve Nationale Pacaya Samiria, considérée par les péruviens comme un joyaux de la nature. Une superposition contradictoire. La concession a été établie avant la Réserve. Quant au bloc 192, il constitue l’un des gisements les plus importants de l’Amazonie péruvienne, un enjeu économique national.

Lagune recouverte de pétrole suite à un déversement (communauté indigène de San Pedro) Photo ©Puinamudt
Lagune recouverte de pétrole suite à un déversement (communauté indigène de San Pedro). Photo: Puinamudt

Des études officielles menées entre 2012 et 2013 par les autorités péruviennes ont démontré que les eaux, les sols et les sédiments des zones pétrolières et adjacentes était hautement contaminés. On y a trouvé du plomb, de l’arsenic, du cadmium et autres substances extrêmement nocives en des quantités excessives, voire mortelles. Des substances cancérigènes directement liées aux activités pétrolières comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Cette contamination affecte gravement la faune, la flore mais également la santé et la vie des communautés. Or dans cette partie de l’Amazonie péruvienne, les déversements pétroliers sont fréquents. Depuis 2013, toutes ces zones ont été déclarées en état d’urgence environnementale par l’Etat.

“Depuis longtemps nous exigeons que la contamination sur nos terres soit vérifiée. En 2012, l’Etat à prouvé grâce à des études scientifiques que nos sources en eau, fleuves, lacs, nos poissons, nos terres cultivables et toute notre forêt sont contaminés. Cela signifie que nos aliments quotidiens et nos remèdes médicinaux sont empoisonnés par le pétrole (…). Les dégâts causés par le pétrole ont été prouvés et ont poussé l’Etat à déclaré nos territoires en état d’urgence environnementale il y a plus d’un an”, extrait d’un manifeste souscrit par les quatre fédérations indigènes en juin 2014

Aujourd’hui, à seulement trois mois du terme de la concession pétrolière de Pluspetrol pour le bloc 192, les activités de réhabilitation environnementale devraient commencer. Avant de cesser définitivement ses activités et quitter les lieux, l’entreprise doit élaborer un plan de sortie et identifier de manière exhaustive tous les sites devant être réhabilités. En octobre 2014, un rapport officiel du ministère de l’Environnement identifiait 92 sites présentant des traces de contaminations par le pétrole ou ses dérivés. Ces 92 sites n’avaient pas été identifiés par Pluspetrol alors qu’elle en a pourtant l’obligation en vertu de la loi. Celle-ci a même tenté, en vain, de faire annuler ce rapport par voie judiciaire.

Pour que les fonds soient aujourd’hui effectivement versés, le gouvernement doit à son tour promulguer la loi adoptée par le Congrès.

Pour aller plus loin

“PASTAZA” est un film réalisé par Alianza Arkana sur la lutte du peuple indigène Quechua du fleuve Pastaza (Source: http://pastazafilm.com)

Sources